La Démarche

En matière de communication visuelle, la commande publique en France impose depuis plusieurs années des conditions qui rendent un travail graphique de qualité presque impossible.

Grâce à une lecture corrompue des lois et des directives relatives aux marchés publics, les responsables de la communication visuelle des services publics mettent trop souvent en compétition designers graphiques, studios de créations. Ils établissent des consultations surréalistes où, en plus de lourds dossiers administratifs, il est demandé de soumettre des propositions écrites ou visuelles sans prévoir de rémunération correcte, ou bien souvent aucune.

Cette pratique est scandaleuse déjà parce que les budgets alloués aux projets graphiques atteignent rarement le montant qui oblige à consulter plusieurs candidats (15000 euros) sur devis et dossier.

Il est parfois annoncé que tel conseil d’administration ou municipalité a voté des conditions plus strictes que les lois françaises. Mais rien ne dit qu’il est obligatoire de demander un projet graphique pour sélectionner un designer. On devine qu’il est plus facile de comprendre un projet qu’un dossier de références. C’est souvent à cause d’un défaut de connaissances en design chez les commanditaires. Les pires sont les institutions culturelles. Elle n’ont pas cette excuse, mais elles font pourtant travailler pour rien de nombreux créateurs, là où elles devraient comprendre leurs difficultés et leur offrir des conditions de travail dignes et respectueuses.

Interrogées, certaines closent le dialogue par un définitif «Vous n’êtes pas obligé de répondre!».

Effectivement, cette absence de considération et le danger que représente cette situation pour notre profession ont poussé un grand nombre d’entre nous à dénoncer ces pratiques en refusant de participer à ces consultations, et en expliquant très clairement, par des lettres ciblées*, en quoi il est absurde de procéder de la sorte et surtout comment faire pour que la commande soit correcte. Cette initiative collective et spontanée a rapidement pris de l’ampleur, soutenue par des professions amies concernées par le design.

Trop souvent, ces lettres ne produisent que peu de réaction de la part de ceux à qui elles sont adressées. Il arrive qu’une réponse encourageante nous parvienne, mais des consultations innaceptables ont systématiquement balayé ces messages d’apparente bonne volonté.
Ainsi, suite à la consultation organisée par le ministère de la Culture pour la création de l’affiche de la Fête de la musique 2013, Vincent Perrottet et les studios CL Design et Graphéine, pourtant présélectionnés, ont refusé de travailler en découvrant les conditions qui leur étaient proposées, et ont posé par lettre une série de questions sur les méthodes du ministère, qui a finalement confié ce projet à une agence de communication sans jamais répondre aux 3 ateliers.

En parallèle, Vincent Perrottet a écrit un texte qui propose de réfléchir ensemble sur la situation de la création graphique, et sur son insupportable précarisation due à l’injustice des méthodes imposées par la commande publique.

Nous vous proposons de soutenir ce texte grâce à une signature collective, et de faire corps face à ces responsables politiques et ces administrations insensibles aux problèmes de notre profession.

L’existence même de la création graphique française dépend de notre résistance.

 

 

*Nous vous encourageons à refuser de participer à ces consultations et à rejoindre les nombreux mais toujours insuffisants signataires en envoyant vos coordonnées (Prénom, Nom, Studio, Adresse postale, E-mail et Téléphone) à info-appeldoffre@gmx.fr. Chaque nouveau cas est soumis aux signataires qui peuvent à tout moment se retirer ponctuellement, temporairement et définitivement.